Le festival de l'eau : Pourquoi?
Pour beaucoup de choses...
pour le dedans, pour le dehors, pour ma mère, pour mon père ...

L'eau est pur moi une partie du ciel qui glisse entre nos doigts, qui tombe goutte à goutte sur la terre
et sur nos têtes, pour nous rappeler que nous lui devons la vie. De l'abondance pluviale du Nord
au sécheresse du Sud, mon regard d'enfant fût très tôt sensibilise par les voyages effectues chaque année
de Paris à Biskra : ma traversé de la Méditerranée en bateau de Marseille à Alger, de l'Espagne, du nord marocain
et de l'Algérie en voiture, m'ont fait découvrir des paysages façonnés par la terre, le vent et par l'eau
dont j'ai pu apprécier les différents goût selon les lieux. C'est à Biskra, en Algérie que j'ai pris conscience
de sa valeur.

J'ai vu l'eau de pluie remplir l'Oued et faire rouler les pierres sous sa puissance ; j'ai respire l'odeur
de la terre chaude que l'on arrose le soir avant de se coucher. J'ai vu les enfants sortir des maisons
et se réjouir de l'arrivée de la pluie. Je me souvient, qu'a 45° à l'ombre, les femmes et les hommes
ne buvaient que deux fois dans la journée. Lors des coupures fréquentes, la dernière maison
du quartier à pouvoir tirer de l'eau du robinet était celle de mon père : j'ai assiste aux ballet incessant des jerricans
que les voisins venaient remplir jusqu'à vider les canalisations... Au rythme des nécessités quotidiennes,
la vie prend parfois des allures de rituel.

Le Diwan, cérémonie qui vient des régions sudsahariennes, incarnes l'esprit du Djinn qui nous habite. Petit fils du grand maître de cérémonie Hamma Moussa, j'ai assiste aux transes des femmes habitées par le Djinn. Leurs corps sursautent au son des Bengas, des Chekchekas, et des chants responsorials de l'assemblée.
Au bout de la septième danse, elles s'effondrent
sur le sol et leurs têtes sont plongées
dans une bassine d'eau, symbole de purification.

Le Djinn est parti et les corps inanimés s'apaisent. Le festival de l'eau est, pour moi,
un hommage à la mémoire, à l'éphémère perpétuel de la vie : un regard sensible sur la fragilité humaine.

Camel Zekri



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

©1997 FESTIVAL DE L'EAU