sec4.gifPierre SCHAEFFER

L'oreille qui écouta chaque son minutieusement avant de le donner à entendre, à analyser et à reproduire , à combiner ultérieurement dans un but musical. La recherche électroacoustique donne au son en tant que tel une importance, une réalité qu'aucun musicien ne lui a jamais donnée. L'OBJET SONORE est un monument. Sons naturels et artificiels, musicaux ou non, ont été enregistrés, magnifiés, décortiqués, analysés, reconstitués, combinés, par des machines derrière lesquelles veillait l'oreille de Pierre Schaeffer et celles de son équipe, bien sûr.

L'oreille de Pierre Schaeffer
l'oreille de Pierre Schaeffer

Véritable entonnoir, gouffre à absorber les décibels et les fréquences, l'oreille de tout un chacun est déjà un prodige qui participe même à son équilibre. Mais que dire de cette oreille qui s'est ouverte inconditionnellement à tous les bruits dans le seul but de "connaître" et les sons et l'organe les percevant, et le possesseur chanceux de cet entonnoir là.
La recherche sonore et musicale de Pierre Schaeffer se place dans une perspective beaucoup plus vaste où perception, écoute et perceveur sont confondus.
Mais à la question qu'est-ce que l'oreille ? c'est le Docteur Thomatis qui a répondu à la même époque. Il faisait partie de la même constellation de chercheurs.

 

Pierre Schaeffer présente un concert de Musique Concrète ou Musique électroacoustique, dans le grand auditorium de la Radio, à Paris.

 

 

 

Pierre Schaeffer présente un concert de Musique Concrète

Derrière lui, le décor habituel de ces concerts. Pas d'instrumentistes, pas d'instruments à voir, rien que des hauts parleurs, un désordre de machines diverses, une grisaille et un fouillis de fils, une austérité que les mélomanes en quête de découverte ne pardonnaient pas toujours... Certes, il s'agissait d'écouter la musique, son par son, et de suivre ses méandres, d'accepter les chemins différents du langage et de la sensibilité. Il s'agissait de fermer les yeux et de se concentrer, d'oublier les critères habituels des jugements de valeur, être sans appuis, sans béquille, livré à sa seule audition, perception et émotion. Trouver le sens, peut-être, au détours d'une surprise.
On n'imagine pas combien les débuts ont été difficiles et mal acceptés.
Parallèlement, d'autres concerts préparaient curieusement le public à se déconditionner d'une certaine façon d'écouter : les concerts de musiques orientales qui ne peuvent pas plus que les musiques concrètes, s'accommoder des critères de jugements occidentaux traditionnels.
Mais ces concerts avaient pour eux de venir de loin, d'être exotiques, d'être traditionnels... tout cela rassure et favorise les conditions de l'écoute.

 

 

Sur un fond de laboratoire du GRM (Groupe de Recherches Musicales) Pierre Schaeffer écoute. Attentivement il écoute une des sonorités raffinées d'une des clochettes de cet instrument chinois, parmi les milliers d'instruments et de sons qu'il s'est donné à entendre, et qu'il a étudiés.

Les instruments traditionnels apportent toujours le plaisir esthétique de leurs musiques de haute culture, mais apportent aussi à notre époque de recherche scientifique et de soif de connaissances un précieux matériaux de base fondé sur une connaissance acoustique développée par d'autres voies. Sur cette image ce sont deux approches différentes, deux civilisations qui coexistent en s'enrichissant mutuellement.

Pierre Schaeffer écoute les clochettes d'un instrument chinois

Carte d'invitation aux manifestations marquant le Jubilé de la Musique Concrète
Carte d'invitation à toutes les manifestations marquant le Jubilé de la Musique Concrète.
Ce dessin rapide à la plume bien enlevé par un artiste ami anonyme
évoque magistalement la silhouette de Pierre Schaeffer dans une attitude typique.

(textes d'Eléonore Schöffer)


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