Il ne s'agit pas ici de donner une biographie de Claude Parent, ni d'évoquer son oeuvre abondante, originale et diversifiée. Il s'est lui même décrit dans son livre autobiographique "Claude Parent, Architecte"(Paris, R. Laffont, coll. "Un homme et son métier", 1975) et Michel Ragon lui a consacré un ouvrage : "Monographie critique d'un architecte : Claude PARENT" (ed. Dunod, Paris, 1982).
Il s'agit de rendre hommage à un créateur important de la deuxième moitié du XXème siècle, dont l'oeuvre a été dès l'origine imprégnée de la pensée de Schöffer, qui en a reçu l'influence, mais qui a su marquer du sceau de sa propre réflexion et de son propre talent son développement multidirectionnel ultérieur et ses nombreuses réalisations, qui a su aussi reconnaître en Schöffer, l'éveilleur, si ce n'est le maître à penser qu'il a été pour beaucoup.
Claude Parent, architecte créateur de l'architecture oblique, polémiste, animateur, publiciste est né en 1923. Ses études d'architecture, inachevées, ont été précédées d'études scientifiques (préparation à Polytechnique, mathématiques supérieures, mécanique rationnelle, etc.) , mais "il a obtenu le privilège de figurer parmi les huit professionnels inscrits à l'Ordre sans posséder de diplôme" (enquête du journal Le Monde, 1966).
Il a vingt six ans lorsqu'en 1949, après un stage de deux ans aux Monuments historiques, il rencontre Ionel Schein avec qui il travaillera jusqu'en 1955 ; tous deux seront "enfants de Le Corbusier".
En 1951, il rencontre André Bloc, fondateur de la Revue Art d'Aujourd'hui, et l'année suivante, ce sera la rencontre avec Nicolas Schöffer, rencontre fondamentale que Michel Ragon décrit dans son livre Monographie critique d'un architecte : Claude PARENT(ed. Dunod, Paris, 1982).
" ... La première rencontre avec l'utopie,
sans doute même la révélation de ce que pouvait
être l'utopie architecturale, s'est faite en 1952 avec la
rencontre de Nicolas Schöffer.
Parent et Schein, alors étudiants à l'école des
Beaux-Arts, virent par hasard, rue Bonaparte, en voisins, à la
Galerie Mai, une exposition qui était la risée de la
plupart de leurs condisciples, celle d'un sculpteur qui
présentait des sortes de tours d'acier et d'aluminium :
Nicolas Schöffer.
Schöffer traduisait alors en sculptures le langage plastique de
Mondrian. Imprégné des idées du constructivisme
russe (alors pratiquement totalement inconnu en France) du
néo-plasticisme du Stijl,
et des théories du Bauhaus, la rencontre de
Schöffer fut pour les deux étudiants la découverte
d'un monde totalement inconnu.
Leur ambition, qui répondait à celle de Schöffer,
était de traduire ce même langage que le sculpteur avait
réussi à faire passer dans la troisième
dimension, dans le domaine de l'architecture et même de
l'urbanisme. Pendant quatre ans (1952-1955), Parent et Schöffer
multiplièrent les dessins, les maquettes et les textes
affirmant leur volonté de créer une architecture et un
urbanisme "spatio-dynamique", c'est à dire où une
"modification permanente des volumes, donc un mouvement implicite
apparent de ces volumes" serait engendré par le mouvement de
l'utilisateur. Leur première réalisation
concrète fut, au Salon des Réalités nouvelles de
1953, une Maison de la Radio et de la Télévision. Cette
maquette est signée Schöffer sculpteur, Parent et Schein
architectes.
Mais la séparation de Parent et Schein va s'opérer
pendant cette collaboration avec Schöffer et c'est Parent seul
qui étudiera avec Schöffer la "ville
spatio-dynamique".
De longues unités d'habitation en bandes, à deux
niveaux, supportées par des pylônes de seize
mètres de haut ; des hélicoptères bourdonnant
autour des bâtiments; des automobiles circulant entre les
pylônes... "C'était magnifiquement schématique,
dit aujourd'hui Parent, bête à pleurer à
l'éclairage de l'Histoire, enthousiasmant et rempli du
bruissement continu de la passion".
Mais même André Bloc, qui pourtant avait accueilli
Nicolas Schöffer dans le Groupe
Espace, où il jouait un rôle
extrêmement actif, refusa de prendre au sérieux "la
ville spatio-dynamique" et de la publier dans l'Architecture d'Aujourd'hui.
Pourtant le travail théorique de Schöffer et Parent
faillit se concrétiser deux fois : la première avec un
super-marché à Chatenay-Malabry .(..que)
l'architecte-en-chef du secteur a refusé; la seconde avec deux
habitations qui, dans le cadre d'une exposition à St Cloud,
auraient échangé entre elles des informations dans un
parc. Mais le prêteur ayant demandé d'écrire en
lettres géantes le nom d'une marque d'apéritif sur leur
réalisation, celle-ci fut abandonnée.
Claude Parent précise que la théorie spatio-dynamique
fut avant tout l'idée de Schöffer et qu'il a servi
à ce dernier de technicien sensible, qu'il a aussi
consacré son premier argent d'architecte à construire
les trois maquettes des architectures spatio-dynamiques et, qu'enfin,
c'est grâce à Nicolas Schöffer qu'il a pu
rencontrer Polieri (qui allait lui ouvrir le domaine utopique du
théâtre) et Pierre Henry par lequel il allait aborder
très tôt le domaine alors expérimental de la
musique concrète.
... Schöffer, Yves Klein, Polieri, Agam, Virilio ont
été de merveilleux compagnons de l'utopie. Aucun
d'entre eux n'avait eu une formation d'architecte. Tous
étaient, à des titres divers, des "artistes"."
Quand Ionel Schein et Claude Parent se seront séparés de Schöffer, ils s'attacheront à traduire en architecture des formes crées par des sculpteurs.
Et Claude Parent de confier à Michel Ragon : "Jusqu'en 1970, ce qui m'a sauvé de l'architecture ambiante, ce sont les artistes. C'est grâce à eux que je suis vivant".