LA NUIT DE LA POESIE - CYSP 1.AU THEÂTRE SARAH-BERNHARDT
Le 28 mai 1956
"LES TEMPS FUTURS SONT ARRIVES ..."
NICOLAS SCHÖFFER a inventé la "peinture mobile" pour les hommes de demain...
Un curieux engin de deux mètres de haut, une sorte de meccano fantastique d'acier et de duralumin, tourne sur lui-même en émettant une musique stridente. Toupie désarticulée devenue folle, il accélère l'allure, la lumière qu'il réfléchit balaye la salle à la façon des projecteurs utilisés par la police pour la chasse à l'homme dans les prisons démesurées d'Amérique. D'autres disques équipés d'écrans colorés se mettent de la partie. Il n'y a plus de salle, plus de foule, plus rien qu'un espace délirant de sons, de couleurs et d'éclairs.
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Les temps futurs sont-ils arrivés ? Pourtant nous sommes à Paris, le 28 mai 1956, au Théâtre Sarah-Bernhardt, et le public assiste à un spectacle tel qu'il n'en a jamais été donné nulle part au monde. L'auteur en est un peintre devenu sculpteur, Nicolas Schöffer, 45 ans. Si à bien des égards nous vivons en retard sur notre époque, lui vit avec deux siècles d'avance.
Schöffer, qui peint depuis l'âge de
7 ans, fut d'abord un peintre très classique, et
même conformiste. Paris, où il arrive en 1936 de son
Budapest (Kalocsa) natal, déclenche en lui des ardeurs
insoupçonnées. Il a la révélation de
l'art abstrait. Pour vivre, il se fait métallurgiste, veilleur
de nuit, fabriquant de poupées. Entretemps, il peint, de plus
en plus et de plus en plus vite. Pas assez vite, cependant, qu'il
n'éprouve cette fureur désespérée qui
ronge l'artiste quand la main s'épuise vainement à
suivre l'inspiration. En désespoir de cause, il peint au
pistolet, quelques secondes suffisent à tracer les courbes,
les taches de couleur qui animent les "toiles" abstraites.
Il n'est pas encore satisfait. Un jour, il voit des étudiants
farder de rouge à lèvres le Montaigne de pierre qui les
regarde passer au seuil de la Sorbonne. Il a une idée, "son"
idée. Puisque la main est trop lente pour faire l'oeuvre,
mettons les moyens mécaniques modernes au service de l'oeuvre.
D'où ces éléments mobiles qui, d'instant en
instant, bougent, vibrent, brassent les couleurs et les formes,
changent tout l'espace qu'ils habitent en un creuset sonore où
l'oeuvre fermente, se fait et se défait sans jamais se
ressembler.
"Volez la Joconde au Louvre, dit Schöffer, et accrochez-la chez vous. Le premier jour, vous ne la quitterez pas des yeux. Bientôt, vous ne la verrez plus." Le monde actuel nous a saturés de couleurs et de mouvement, de "chocs optiques". Nous voyons plus et plus vite qu'autrefois. l'oeuvre d'art doit s'adapter, sous peine de n'être plus perceptible. Pour Schöffer, la cité future sera un grouillement perpétuel, un paysage mouvementé, bigarré et torrentiel. L'oeuvre d'art devra, pour répondre aux besoins de l'homme, se soumettre l'espace, le dynamisme et la polychromie. Elle le devra d'autant plus que, dès à présent,les problèmes de l'homme et de la société sont à poser en termes d'esthétique. La laideur du monde où nous vivons est seule responsable de nos complexes, de nos déséquilibres, de nos vices. Proposer à l'homme un monde beau et adapté à ses conditions et facultés nouvelles, c'est faire de lui un être sain, équilibré, qui ne souffrirait plus des frustrations qui, conscientes ou non, nous déchirent aujourd'hui. Il serait plus intelligent, plus résistant, meilleur, aurait un corps plus harmonieux. Le surhomme naîtra du "spatiodynamisme", assure Schöffer, terme dont il a baptisé son invention.
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Serait-ce vrai ? Ce qui est sûr, c'est que cette invention n'a pas été mal accueillie. Avant d'être présentée sous sa forme achevée au Théâtre Sarah-Bernhardt, une première réalisation figurait en 1955 à l'exposition annuelle des Travaux Publics à St Cloud. En août dernier (1956...l'article a été écrit après), sur la terrase de la Cité Radieuse de Le Corbusier, à Marseille, ses jeux de couleurs et de lumière ont présidé aux ballets du Festival d'Art Moderne de François Poliéri. En 1957, elle prendra place dans les jardins du Musée d'Art Moderne en construction à Rio de Janeiro, avant de couronner un building de 150 mètres à Caracas. A la demande d'une firme française d'aéronautique, Schöffer va transformer un hélicoptère en "sculpture volante". L'appareil sera réduit à une carcasse élémentaire où l'on verra tournoyer dans le soleil des éléments mobiles polychromes.
Délire de visionnaire ? Excroissance de science-fiction, ou plutôt "d'art-fiction" ? Demain répondra pour nous. Mais on peut d'ores et déjà s'effrayer, si elles sont justifiées, des anticipations que nous propose de la cité future, le sculpteur des surhommes.
L'ILLUSTRE, revue hebdomadaire suisse - N°2 - Lauzanne 10 janvier 1957 - p.34,35 (4 photos)
Commentaire d'Eléonore
Schöffer:
C'est André PARINAUD qui présenta CYSP. 1 à la
Nuit de la Poésie.
Cet article qui informe d'un évènement exceptionnel est
truffé d'erreurs, mais montre l'impact de CYSP1., autant que
la peur déclenchée par toute nouveauté.
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faillit écraser son créateur. ![]() |