Nicolas Schöffer et la musique

 

Bercé, dès sa prime enfance, par les mélodies et les danses hongroises ainsi que par la musique de son compatriote Franz Liszt, fermement encouragé par sa mère qui jouait du violon et enseigné par un professeur, Nicolas Schöffer apprit très tôt à jouer du piano, instrument qu'il maîtrisait parfaitement. Il hésita même entre le Conservatoire et les Beaux-Arts avant de décider de se consacrer à la peinture. C'est grâce à la Danse de l'Ours de Bartok qu'il découvre, à Budapest, vers 1936, qu'existe une "recherche contemporaine en musique".

Et la musique ne le quittera jamais, tant dans sa vie personnelle (La Messe du Couronnement de Mozart était son oeuvre préférée qu'il écoutait tous les dimanches) que dans son oeuvre de plasticien qu'il a toujours conçue dans l'optique d'un "art total".

Dans son premier livre, "Le spatiodynamisme", paru en 1954, il écrivait notamment:

"La sonorisation des sculptures spatiodynamiques est possible d'une façon simple et harmonieuse en extrayant et utilisant des sons des différents éléments qui composent la sculpture. Ces sons pourront être triés, amplifiés et malaxés par la suite pour produire un certain nombre de sons harmonique, variés, lesquels seront enregistrés sur bande magnétique ou par n'importe quel autre moyen approprié. C'est de nouveau un homéostat qui ferait fonctionner ces sons d'une façon toujours imprévue réalisant une synthèse totale entre la plastique et le son, de telle sorte que nous pouvons dire que c'est la sculpture qui composera sa propre musique avec sa propre matière sonore et avec le maximum de souplesse en s'adaptant immédiatement à tout changement d'ambiance."

Plus tard, il insistera, parmi les cinq topologies, sur la "topologie des sons".

En 1954, sa "Tour Spatiodynamique Cybernétique et Sonore" de 50 m de haut réalisée pour le Salon des Travaux Publics à Paris est, à sa demande, sonorisée par Pierre Henry qui réussit la prouesse (pour l'époque) de composer sur 6 pistes.

En 1955, création et présentation d'un ballet avec CYSP 1 (la Première Sculpture Cybernétique Autonome), sur le toit de la Cité Radieuse de Le Corbusier, avec une chorégraphie de Maurice Béjart, au Festival d'Art d'Avant-Garde (Marseille). La musique était une "Composition électronique sur bande magnétique".

En 1957, Création et présentation d'une "Maison à Cloisons Invisibles", à zones de température, de couleur, de lumière et de sonorités différenciées, Salon des Travaux Publics (Paris).
Il s'agissait ici de bruits assourdissants d'un côté et de silence de l'autre.

La même année, pour son deuxième film : "Fer Chaud", produit par
Pierre Schaeffer, il fait appel à la musique de Iannis Xenakis.

En 1959, il crée le "Musiscope", avec la collaboration de Julien Leroux, ingénieur, et la Société Philips. Le Musiscope est un véritable "instrument" de musique "visuelle" pour les sourds, mais qui n'a encore jamais été utilisé en tant que tel.

En 1961,l'installation de la première Tour Cybernétique monumentale de l'histoire, s'accompagne de la création d'un "Spectacle Audiovisuel Luminodynamique" sur la façade du Palais des Congrès de Liège comportant une musique de Henri Pousseur et des Poèmes de Jean Seaux.
La même année, il crée, grâce au Téléluminoscope 1, le premier "clip-vidéo" sur les écrans de la Télévision Française, "Variations Luminodynamiques 1.", avec un orchestre de
jazz et un ballet.
Toujours en 1961, présentation du "Musiscope" au Théâtre de France (Paris) avec une composition musicale de
Pierre Jansen, dans le cadre du Domaine Musical dirigé par Pierre Boulez.

En 1962, paraît la Monographie (version française, allemande et anglaise) "Nicolas Schöffer" aux éditions du Griffon (Neuchâtel), avec le disque 45 tours "Spatiodynamique I et II", musique qui avait servi à sonoriser la Tour Spatiodynamique de Saint Cloud en 1954.
Dans le film "Le propre de l'homme", Claude Lelouch lui consacre une séquence de dix minutes de projections abstraites luminodynamiques, accompagnées de "Variations sur la Marseillaise", improvisées à la guitare par
Django Reinhart.

En 1963, lors de sa première rétrospective au Louvre, Pavillon de Marsan, il investit le Musée des Arts Décoratifs de musiques et de danseurs évoluant constamment avec ses oeuvres, sculptures et projections.

En 1966, le "Voom-Voom" à Saint-Tropez est la première discothèque luminodynamique.

En 1968, spectacle luminodynamique à l'Opéra de Hambourg, dans l'Opéra-ballet "Les Globolinks" de Gian Carlo Menotti, chorégraphie : Alwin Nikolais.

En 1969, spectacle audiovisuel dans l'avenue du Président Wilson, devant le Musée d'Art Moderne (Paris).
Pour la musique de son film "Astronomie" il fait de nouveau appel à
Pierre Henry qui restera son compositeur privilégié.

En 1973, Spectacle Cybernétique Expérimental "KYLDEX 1", à l'Opéra de Hambourg, avec la collaboration de : Pierre Henry (musique), Aldwin Nikolais (chorégraphie) et des danseurs-étoiles Carolyn Carlson et Emery Hermans (10 représentations et un film qui sera présenté plusieurs années à la télévision, au moment de Noël). Les musiques et chorégraphies de "Kyldex 1" ont été créées par leurs auteurs à partir de programmations temporelles rigoureuses imposées par Nicolas Schöffer.
Le film : "Nicolas Schöffer" réalisé par Angeliki Haas, comporte une musique de
Iannis Xenakis.

En 1974, réalisation de trois films vidéo : "Variations Luminodynamiques 2, 3, 4" (réal. Herman ; musique Pierre Lejeune ; prod. T.V. 3ème chaîne).

En 1975, présentation du Grand Prisme dans le cadre du Festival d'Automne, à la Chapelle de la Sorbonne (Paris). La musique par ordinateur est de son ami Pierre Barbaud, créateur de la musique algorythmique et des premières compositions automatiques par ordinateur.
Film : "Le Grand Prisme de la Sorbonne" (réal. Jean Devèze ; musique
Pierre Barbaud).

En 1977, début des recherches sonores de Nicolas Schöffer sur orgue électronique Yamaha.

La même année, son "Hommage à Beethoven" inaugure l'installation de Chronos 15., sculpture lumineuse et programmée de 20 mètres, dans la ville du célèbre compositeur.

En 1979, "année Bartok", il participe à l'édition d'un Portefolio de sérigraphies d'artistes hongrois, et Hungaroton édite à Budapest son premier disque : "Hommage à Bartok", dont l'enveloppe reprend la sérigraphie du Portefolio.
Premier concert, avec projections luminodynamiques au centre Culturel Suédois, Paris.

En 1981, à la demande de Pierre Boulez qui s'intéresse à la relation entre l'oeil et l'oreille, Nicolas Schöffer commence une série de recherches sonores à l'IRCAM, instruit par Marc Battier. Il précise qu'il ne s'agit pas de musique, mais de "Structures Sonores sur ordinateur". La même année, le film vidéo "Variations Lyminodynamiques 3- Mikroidö-Microtemps" est sonorisé par un montage de musiques de Schöffer, montage effectué par le compositeur hongrois Zsigeti. Ce film gagnera le prix du court métrage du Festival de Gratz, en 1983.

En 1983, le développement des Structures Sonores "Variations sur 600" sur le grand ordinateur 4X de l'IRCAM, le conduit Schöffer à une nouvelle méthode d'écriture musicale et de partition, lui permettant de communiquer avec son collaborateur technique Marc Battier.

La même année, il fait paraître, dans la revue LEONARDO, l'article "Sonic and Visual Structures : Theory and Experiment"

En 1984, concert "Variations sur 600 et improvisations sur orgue" dans la cathédrale de Kalocsa (Hongrie).
La même année, concert "Variations sur 600" et projections vidéo à l'IRCAM (Paris).

En 1985, création des sculptures "PERCUSSONOR" et "SOLEOLSON", sculptures solaires, éoliennes et sonores.
Dans sa maison de Kalocsa, il a fait installer un piano, dont il joue lors de ses séjours d'été à défaut d'instrument électronique encore introuvable à Kalocsa.

En 1989, exposition "Derniers Projets : Percussonors, Basculantes et Hydrothermochronos", Institut Hongrois (Paris).
Les Percussonors sont des sculptures à frapper pour "transformer la violence en beauté".
Les Basculantes contiennent des éléments mobiles sonores.
Les Hydrothermochronos donnent à entendre les bruits de l'eau, de la vapeur et de la rencontre crépitante du feu et de l'eau.
Le 3ème Séminaire de Kalocsa est consacré aux "Nouvelles recherches musicales".

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Lire la conférence d'Eléonore Schöffer : "L'oeuvre de NICOLAS SCHÖFFER en parallèle de celle de PIERRE SCHAEFFER"
(Participation au Colloque du 10 octobre 1998 "LA MUSIQUE CONCRETE jubile à Paris")

Lire le texte d'Éléonore Schöffer: "Nicolas Schöffer et le son"

 

ACTUELLEMENT

En partenariat avec le Centre d'Etudes et de Recherche Pierre Schaeffer, l'ANS International étudie le stockage, la conservation et la possibilité de consultation de l'oeuvre musicale de Nicolas Schöffer.

Un double CD est en projet :

1. Musiques de Schöffer : réédition de l'Hommage à Bartok (Hungaroton) et musiques jouées en public mais inédites)

2. Musiques pour Schöffer : (par ordre chronologique)

Pierre HENRY - Pierre SCHAEFFER - Yannis Xénakis - Tinto BRASS - Henri POUSSEUR - Pierre BOULEZ - Pierre JANSEN - Django REINHART - Jean GUILLOU - Rolf LIEBERMANN - Jacques LEJEUNE et Pierre FRESNAIS - Pierre BARBAUD - Marc BATTIER.

La conservation des oeuvres musicales de Nicolas Schöffer.

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