Nicolas Schöffer

par Jean-Jacques Lévêque
article paru dans
CIMAISE (Art et Architecture Actuels / Present Day Art and Architecture) en 1974

Version française

English translation by CIMAISE

Au chapitre des utopistes, Schöffer s'impose comme l'un des artistes les plus prolifiques, les plus engagés dans une vision du futur. On l'aura comparé à Léonard de Vinci, qui abandonnait volontiers le chevalet (lieu statique de réflexion purement esthétique) pour l'atelier où se construisent en maquette des machines propres à satisfaire à quelques-uns des rêves les plus permanents de l'homme.

Among the Utopians, Schoffer commands respect as one of the most prolific artists, one who is most committed to a vision of the future. He might be compared to Leonardo da Vinci who freely abandoned his easel (that static place of purely aesthetic reflection) for the workshop in which models of machines, able to satisfy some of the most permanent of men's dreams, are constructed.

N. Schöffer dans son atelier

Schöffer, depuis longtemps, ne s'intéresse plus à l'art comme exercice limité de réflexion plastique. Le style lavallière et bouffarde, bon enfant et pittoresque, lui paraît bien dépassé. Le rapin n'a plus cours dans une société qui s'engage dans une technologie de plus en plus sophistiquée, pour employer un terme qui, en logistique, équivaut à efficacité dans la mise à mort (pour une mort plus propre). C'est, de fait, sur une ambiguïté fondamentale, que se développe cette oeuvre. On l'aura vu prendre le relais des procès intentés à la peinture par le dadaïsme, et surtout par les artistes de la révolution russe, qui entendaient replacer l'art dans la société comme un élément moteur du progrès. On l'aura vu célébrer ces forces nouvelles qui s'appellent électricité, cybernétique. Lorgnant du côté des profils d'échafaudages usiniers, des derricks, et autres monuments d'un siècle passé sous le signe de l'industrie ; s'émerveiller devant la féerie des néons qui scandent les poèmes de la publicité sur les façades des gares. Et quelque chose des grands rythmes épiques de Blaise Cendrars passe effectivement dans ses oeuvres ourlant toutes les lumières qui enchantent les nuits des grandes métropoles modernes.

Guillaume Apollinaire avait annoncé la venue des célébrants de la modernité : ceux qui chantent un homme nouveau, enfant de l'énergie et du progrès.

For a long time now Schoffer has been interested in art only as a limited exercise of plastic reflection. The loosely-tied bow-knot and pipe-stem style, good-natured and picturesque, seem thoroughly out of date to him. The casual paint-dauber no longer has any place in a society which is engaged in an increasingly sophisticated technology, to employ a term which, in logistics, is the equivalent of efficaciousness in killing - in order to achieve a cleaner kill. It is, in fact, upon a fundamental ambiguity that this work is developed. We have seen it take over the task of those suits against painting brought by Dadaism, and especially those artists of the Russian Revolution, who wished to replace art in society by a driving element of progress. We have seen it celebrate those new forces called electricity and cybernetics. Ogling the profiles of factory scaffoldings, derricks and other monuments of a century which is dominated by industry ; filled with wonder at the view of the festival of neon lights which paint the poems of publicity on the facades of stations. And something coming from the great epic rhythms of Blaise Cendrars enters, in effect, into these works hemming in all the lights which enchant the nights of the great modern metropolitan centres.

Guillaume Apollinaire had heralded the coming of the celebrators of modernity : those who sing of the new man, the child of energy and progress.

SCAM 1.
première sculpture automobile
roulant dans le crépuscule des rues de Milan
(1973)

L'ambiguïté pourtant apparaît à l'instant même où, chantant la modernité, aujourd'hui, Schöffer se pose en réaction brutale contre un mouvement de sensibilité qui conteste ce progrès. Estimant qu'au lieu d'améliorer le sort des hommes, il est responsable de son désarroi, de ses problèmes, et qu'il l'aliène. Qu'il déshumanise la société.

The ambiguity, however, appears at the very instant in which, celebrating modernity today, Schoffer rises up in brutal reaction against a movement of sensitivity which challenges progress, esteeming that, instead of improving the lot of men, it is responsible for man's confusion, for his problems, thus alienating him. That is dehumanises society.

Alors que toute une nouvelle génération puise son inspiration dans le passé, réveille les souvenirs, et manipule Proust et Freud, à des fins, à la fois littéraires et plastiques, Schöffer, ainsi que quelques-uns de ses contemporains majeurs (Vasarely, Agam) placent toute leur confiance dans la technique et ses beautés.

While a whole new generation dips into the past for its inspiration, awakening memories, manipulating Proust and Freud to its ends, which are at once literary and plastic, Schoffer, as well as a few other major contemporary artists, such as Vasarely and Agam, place their entire confidence in technology and its beauties.

Cinq oeuvres "géométriques" de Schöffer

Il est pourtant passé par les beaux-arts. A Budapest, puisqu'il est natif de Hongrie, puis à Paris, où il était de tradition alors de "passer" pour parfaire son éducation artistique. Il y est en 1937 (il est né en 1912), à peindre comme l'on fait ses gammes. Bientôt, il s'engage dans des recherches "constructivistes". A la suite de Malevitch, qui avait, d'une certaine manière, tué la peinture dans ses limites traditionnelles. Il manipule alors le métal découpé. Il développe dans la pratique une idée force de Gabo et Pevsner sur le "vide actif". Selon ses propres termes, il tend à une construction "aérée, transparente et pénétrable".

And yet he had a classical fine arts formation, in Budapest, since he is native of Hungary, then in Paris ; it was traditional to polish off one's art education that way. It was in 1937 (he was born in 1912) ; he attended the "Beaux-Arts" the way the young singer plays his scales. Soon he entered into Constructivist research, in the wake of Malevitch who had, to a certain degree, killed painting in its traditional limitations. At this time, he works with cut metal, manipulating it, he develops in practice a major idea of Gabo and Pevsner concerning the "active void". According to his own terms, he is trying to create an "aerated, transparent and penetrable construction".

Sculpture Spatiodynamique 9.
construction "aérée, transparente et pénétrable"

Pour ce faire, il multiplie les matériaux jusqu'alors inusités en art, comme le plexiglas, l'acier poli, le duralumin, le laiton, le cuivre poli. La beauté de la matière, ici, tient moins à sa texture qu'à ses vertus de transparence pour la réfraction, ou son lustre pour la réflexion de la lumière.

To achieve this, he multiplies the use of previously-neglected materials such as plexiglass, polished steel, duralumin, brass, polished copper. Here, the beauty of matter is less in its texture than in its virtues of transparency for refraction, or its luster for the reflection of light.

Miroitements sans aucun rapport avec ceux que créaient les impressionnistes. Pour ces derniers, il s'agissait d'un ballet naturaliste, un dialogue tout de subtilité, de saveur, et de tendresse, entre les éléments. Pour Schöffer, le miroitement est plutôt l'émiettement d'un espace hautement mécanisé. La fascination de la machine supplantant largement, et de permanente façon, toute observation de caractère naturaliste. En fait, l'univers de Schöffer est ajouté à la réalité. Et c'est jusqu'à ses effets (lumière et mouvement) qui sont recréés artificiellement.

Shimmerings without any relationship to those created by the Impressionists. For the latter, it was a kind of naturalistic ballet, a dialogue of great subtlety, savour and tenderness among the elements. For Schoffer, the shimmering is rather the crumbling of a highly mechanised space. The fascination of the machine largely, and in a permanent fashion, supplants any observation of a naturalistic character. In fact, the universe of Schoffer is added to reality. And even its effects - light and movement - are artificially recreated.


LUX 1. en mouvement

La nécessité du mouvement se fait bientôt sentir. Schöffer crée le "spatiodynamisme" : occupation de l'espace par des formes en croissance, mais selon des structures d'une rigoureuse géométrie ; avec l'inclusion des mouvements et de la lumière, ce sont respectivement le "luminodynamisme" et le "chronodynamisme".

The need for movement soon made itself felt. Schoffer creates "spatiodynamics" : the occupation of space by growing forms, but according to a rigorously geometrical structure ; with the inclusion of light and movement, these are respectively, "luminodynamics" and "chronodynamics".


CHRONOS 13.

La sculpture rendue mobile par l'action d'un moteur camouflé dans son socle, tournoie, et certains de ses éléments ajoutés (tels des disques, tantôt troués, tantôt lisses) sont, à leur tour,entraînés dans un mouvement centrifuge. De telle sorte que des faisceaux lumineux qui peuvent être colorés par des plaques (comme il est d'usage au théâtre), envoyés sur cette structure en mouvement, sont, soit réfléchis, soit tamisés, selon que les disques sont lisses ou troués.

The sculpture, which has been made mobile by the action of a motor camouflaged in its base, turns ; and some of the added elements (such as discs with holes in them and others which are smooth) are, in turn, drawn into the centrifugal movement, with the result that the luminous "bundles" which can be coloured by the plaques (according to theatrical usage), beamed upon this structure in movement, are either reflected or filtered, depending upon whether the discs are smooth or punctured.


LUX 1. (détail)

Enfin placée derrière un écran, cette même sculpture joue comme un théâtre d'ombres de toutes les fascinations de ses ombres en constant mouvement. On le voit très vite, Schöffer veut s'émerveiller. Ce qui compte pour lui, c'est l'effet optique. C'est d'atteindre la rétine de l'oeil, de fabriquer des machines propres à surprendre. Il affinera ses techniques, et va donner une théorie à cette débauche de mouvements et de lumières. Ce sera le "chronodynamisme" où, cette fois, l'objet artistique n'est plus une finalité, mais un moyen. A mesure que la technique s'améliore, l'ambition de Schöffer, paradoxalement, est de se détacher de l'objet artistique pour atteindre une certaine notion du voir et du vivre.

Finally, placed behind a screen, this same sculpture plays like a shadow theatre with all the fascination of its shadows in constant movement. We see very quickly that Schöffer wants to be amazed. The thing which counts for him is optical effect, reaching the retina of the eye, manufacturing machines capable of surprising. He refines his techniques, and gives a theory to this debauchery of movement and light. The term chosen is "chronodynamics", and this time, the artistic objective is no longer an end but a means. As his technique improves, Schöffer's ambition, paradoxically, is to detach himself from the artistic object to reach a certain notion of seeing and living.


Mur Lumière

L'effet sur le spectateur est alors privilégié, et tout est mis en oeuvre pour le séduire, le combler, le dérouter, l'agresser. D'ailleurs, il l'a suffisamment et explicitement répété : le rôle de l'artiste n'est plus de créer une oeuvre, mais de créer la création. On passerait bien vite, avec d'autres, moins ouvriers (celui qui oeuvre) que lui, vers le concept pur. Les idées dominent pourtant chez Schöffer. Et la réalisation suit.

The effect on the spectator is then given privileged position, and everything is done to seduce him, to gratify him, astound him, aggress him. Besides, he has repeated it often enough and clearly enough : the artist's role is no longer one of creating a work but of creating creation. We would move very speedily with others who are less professional than he is toward the pure concept. Yet ideas dominate in Schöffer, and the realisation follows.

 Schöffer et CHRONOS 10.

C'est un artiste qui prépare ses machines, ses sculptures, comme un architecte, ou plutôt un ingénieur, ses grandes réalisations. Rien ne peut être laissé au hasard, à la spontanéité, à l'accidentel, au sentiment. Une machine doit fonctionner, obéir à des lois physiques qu'il est nullement dans l'ambition de l'artiste de défier. Mieux, il veut s'en faire l'allié. L'art n'est pas un instrument de révolte, de contestation, mais l'élément d'un "mieux être", d'un "mieux vivre".

He is an artist who prepares his machines, his sculptures as an architect, or rather an engineer, plans his great realisations. Nothing may be left to chance, to spontaneousness, to accident, to sentiment. A machine must function, obey physical laws, which it is far from intention of the artist to defy. Better, he means to make them his allies. Art is not an instrument of revolt, of dispute, but an element of better being and living.

En s'en faisant le maître, l'artiste ne veut ni surpasser les possibilités de l'homme, ni atteindre un au-delà sensible hypothétique. Il veut seulement canaliser l'homme dans les meilleures conditions de vie possible. Ici apparaît l'utopiste qui passe rapidement d'oeuvres provoquant des effets sur le spectateur (lénifiant ou dynamisant, selon les programmes pré-établis) à une conception globale de l'espace traité comme une matière et un moyen.

In making himself its master, the artist neither wishes to surpass the possibilities of man nor attain a hypothetical sensitive "beyond". He wishes only to channel man into the best possible life conditions. Here the Utopian appears, passing rapidly from works which provoke effects in the spectator - soothing or dynamic, according to the preestablished programs - to a global conception of space treated as a matter and a means.

Dans cette vue plus générale, et globale, l'artiste est plus à même d'infléchir le comportement de l'homme selon une finalité qu'il est loisible de placer sous le signe du mieux-être, mais également, s'il est entre des mains hostiles à l'homme, du danger. et de la mort. C'est l'aventure de l'apprenti sorcier, qui est la menace permanente de ce type d'entreprise. Si les forces dominées, canalisées, maîtrisées lui échappent, elles peuvent être fatales. On sait combien pèse, sur le monde contemporain, un danger, puisque des forces formidables sont cristallisées en des lieux précis qu'un seul geste pourrait libérer.

In this more general and global view, the artist is more able to bend the behaviour of man according to a finality which it is permissible to consider a better way of being, but also, if it falls into the hands of those hostile to man, of danger. And death. It is the experience of the sorcerer's apprentice who is the permanent threat to this type of undertaking. If the dominated, channelled and mastered forces escape from him, they may become fatal. We know to what an extent, in our contemporary world, danger exists when powerful forces are crystallised in precise spots where they could be liberated by a simple gesture.

L'artiste, complice de la technique, ne peut se permettre un faux pas. D'ailleurs, il est devenu concepteur de notre vie et de notre environnement. On sait combien l'urbanisme (aujourd'hui si peu soigné dans nos grandes métropoles) est responsable du comportement des hommes qui le subissent.

The artist, the accomplice of technique, cannot allow himself to make a mistake. Besides, he has become the conceptual artist of our life and of our environment. We are aware of the degree to which town planning (so little supervised in our great cities today) is responsible for the behaviour of the men who are affected by it.

Sculpture Spatiodynamique 17. (1968)
en situation devant le Musée Hirchhorn
à Washington (USA)

A cette anarchie actuelle, Schöffer propose des solutions où tout est repensé. C'est "La Nouvelle Charte de la Ville" (qui a fait l'objet d'une édition dans la collection "Bibliothèque Médiation", chez Denoël-Gonthier).

To this current anarchy, Schöffer offers solutions in which everything has been rethought, in his "New City Charter" which has been the subject of a publication in the "Bibliothèque Médiation" Collection, published by Denoël-Gonthier.

Schöffer a conçu une ville dont toutes les fonctions sociales, techniques, esthétiques, sont posées cybernétiquement dès le point de départ, afin que la vie des hommes devienne une réussite dans une ville heureuse.

Schöffer has conceived a city in which all social, technical and aesthetic functions are studied cybernetically at the outset, so men's lives may succeed in a happy city.

Projet urbanistique de N. Schöffer (1969)
Zentrum für Wissenschaftliche Forschung

Ainsi, la démarche de l'artiste se place-t-elle, délibérément, sous le signe du bonheur. Elle promet des lendemains qui chantent.

Thus the quest of the artist is placed, deliberately, under the aegis of happiness. It promises sunny tomorrows.

Ce n'est pas avec des solutions du passé qu'on résout les problèmes de l'avenir, nous est-il précisé par l'artiste. Aussi le voyons-nous moins se référer à des oeuvres du passé qu'à des concepts.

It is not with the solutions of the past that we will resolve the problems of the future, the artist specifies to us. Also, we note that he refers less to works of the past than to concepts.

Certains d'entre eux furent déjà abordés. Parce qu'un concept est une idée force qui peut resurgir de siècle en siècle dans la société. Celle-ci étant, en fait, toujours à la recherche d'un temps futur.

Some of them were already approached, because a concept is a major idea which may spring up in society from one century to another, since society is, in fact, always seeking a future time.

Maison à Cloisons Invisibles

Maison à Cloisons Invisibles
Maison à Cloisons Invisibles (1957) : deux vues extérieures

On pensera ainsi à Nicolas Ledoux, architecte de sa majesté Louis XV (1736-1806), qui avait repensé la vie de l'homme jusque dans ses moindres détails. Ainsi ne voulait-il pas que les modestes maisons de récréation des ouvriers fussent moins importantes que les demeures des princes. Il y a, chez Ledoux, le ton des Encyclopédistes, ses contemporains. Il a, de l'homme, une haute idée. Le ton de Schöffer est celui du technicien qui doit faire face à la poussée démographique, aux difficultés croissantes de la circulation et à leurs conséquences : climat de violence, dégradation des rapports humains. C'est moins une idéalisation d'un concept de l'homme qu'une canalisation de ses instincts acceptés, fussent-ils médiocres, afin de permettre, à chacun, la cohabitation avec tous. C'est donc moins une vue, idéale, que pratique et réaliste. La confiance accordée à la technique n'implique pas une amélioration de la qualité de l'homme. Et l'urbanisme ne prévoit pas une amplification de ses facultés éventuelles, mais un bon rendement, et un mieux-être rassurants.

Thus, we think of Nicolas Ledoux, the architect of his Majesty Louis XV (1736-1806), who rethought man's life down to the least details, with the result that he felt the modest recreational centres for workers ought not to be less important than residences of princes. Ledoux's tone recalls to us his contemporaries, the Encyclopaedists. he has a high idea of mankind. Schöffer's tone is that of the technician who must face up to the demographic thrust, the increasing difficulties of traffic and their consequences, the climate of violence, and the degradation of human relations. It is less that of an idealisation of a conception of man than a channelling of his accepted instincts, even if they are mediocre, to allow everyone to be able to live among his fellows. It is less than an ideal viewpoint than a practical and realistic one. The trust in technique does not involve an improvement, in the quality of man. And town planning does not call for an eventual widening of his faculties but a good return and a reassuring improvement in his well-being.

Projet pour la
Tour Lumière Cybernétique
de Paris La Défense

Utopiste quant à la fonction de l'artiste, Schöffer se montre plus réaliste quant à la vie. Ce n'est pas un lyrique. Il voit aussi les aspects pratiques de ses oeuvres. Il est significatif que, pour la plus importante jusqu'alors réalisée (ou en voie de l'être, puisqu'il s'agit de la future "Tour de la Défense"), devienne un "observateur", un moyen d'information. Il l'a lui-même définie : "Qu'est-elle au juste ? Avant tout on peut dire que c'est un ensemble de paramètres visuels programmés, distribués dans un espace déterminé par une ossature-support. Le système de l'ossature correspond à une distribution rythmée de sources lumineuses diverses et de surfaces réfléchissantes statiques ou tournantes, qui constituent l'ensemble des paramètres dont les actions ou les inactions régulées par une centrale cybernétique, développent un programme aléatoire. Ce programme se déroule en fonction d'un indice variable, déterminé par l'analyse constante des informations reçues en permanence de tous les centres de contrôle et de direction qui définissent la vie fonctionnelle de la Ville de Paris."

Utopian with respect to the function of the artist, Schöffer shows himself to be more realistic as far as life in concerned. He is not a lyricist. he also sees the practical aspects of his works. It is significant that, for the most important one realised up to this time - or, rather, now underway, since it is the future "Defense Skyscraper" - he becomes an "observer", a means of information. He has himself defined it : "What is it exactly ? In the first place, one may say that it is a group of programmed, visual parameters, distributed over a space determined by a skeleton-base. The bone structure corresponds to a rhythmic distribution of various luminous sources and static or turning reflecting surfaces which constitute the ensemble of the parameters, the action or inaction of which, regulated by cybernetical centres, develops an aleatory program. This program takes place by means of a variable index, determined by the constant analysis of data received permanently from all the centres of control and direction which define the functional life of the city of Paris".

Projet de Sculpture Monumentale
HYDROTHERMOCHRONOS

Avec une telle définition, et le constat des usages "policiers" qui peuvent en être faits, Schöffer aura, à plusieurs reprises, eu à subir des accusations, qui portent en fait moins sur son comportement d'homme, et personnel, que sur l'acceptation de voir sa création confondue avec le système social, au point tel qu'elle en soit la complice. Ce qui est plutôt singulier dans le contexte actuel. On a tellement l'habitude d'identifier l'art à la contestation, au refus, que de voir un artiste s'inscrire dans le système qui nous guide, ne peut, en un premier temps, que nous surprendre et, pour certains, les choquer. En fait, par là, Schöffer rejoint une tradition de l'artiste artisan de son temps. C'est un homme de la Renaissance.. Soucieux de donner à son époque un style. De fabriquer pour elle des objets, et de favoriser des fonctions qui la caractérisent. Or, Schöffer est un artiste d'une époque qui a refusé un idéal religieux. Qui a refusé Dieu. Qui est tout entière assujettie à ses besoins les plus immédiats. Il est l'artiste d'une société qui, tout au plus, réagit négativement contre ce qu'elle ne veut pas. Sans, pour autant, savoir vraiment ce qu'elle veut.

With such a definition, and the "policing" uses which may be made of it, Schöffer has had, on several occasions, to face accusations which bear, in fact, less upon his behaviour as a man and individual than his acceptance of seeing his creation confused with the social system, to the point where it becomes the system's accomplice, which is rather singular in the current context. We are so habituated to identifying art with contestation, refusal, that seeing an artist take his place within the system which guides us can only, at first consideration, surprise us and shock some of us. In fact, in this, Schöffer adheres to a tradition of the artist who is a craftsman in his time. He is a Renaissance man, anxious to give a style to his epoch, to make objects for it, to favour the functions which characterise it. Schöffer is an artist of an epoch which has refused a religious ideal, which has refused God, and which is totally subjected to its most pressing needs. He is the artist of a society which, at the very most, reacts negatively against that which is does not desire, without, nevertheless, really knowing what it wants.

Projet de Sculpture Monumentale
HYDROTHERMOCHRONOS

Du moins, plaçant ses premiers besoins dans un temps immédiat, qui exclut toute sacralisation.

Except for placing its primary needs in the immediate, which excludes all sacredness.

L'art de Schöffer, contrairement à celui des artistes de la Renaissance, n'est pas une sacralisation, ni une idéalisation de l'homme, mais une organisation rationnelle et purement technique, de ses besoins les plus primitifs. Ce n'est point l'art de l'homme mais celui de la société.

Schöffer's art, contrary to that of the artists of the Renaissance, is not a sanctification nor an idealisation of his most primitive needs. It is not an art of man but an art of society.

Trouverait-on, chez Schöffer, une dimension onirique, dans la mesure où elle réveillerait l'animal qui sommeille dans l'homme ? En fait d'onirisme, c'est le merveilleux des lumières qui font "tilt" quand on presse des boutons, ou quand on fait courir une bille dans le couloir étroit des machines à sous.

Can one find in Schöffer an oneiric dimension, to the degree to which it would awaken the animal which slumbers in the man ? In the place of oneirism, we have the marvellous qualities of the lights which go "tilt" when buttons are pressed, or when one forces a marble along the narrow corridor of a pinball machine.

LUMINO

Le "merveilleux des lumières"
mis à la portée du grand public
par Nicolas Schöffer

VARETRA

Le LUMINO

Le VARETRA

Schöffer ne peut donner à l'homme plus que ce qu'il veut. En cela, il est bien l'artiste de son temps. Totalement dépendant des moyens techniques, les folies irrationnelles laissées à la consigne, tant il est vrai que l'art technologique ne peut être délirant. Parce qu'il n'est plus le fait de l'homme, dont les dimensions poétiques sont insondables et inépuisables, que celui des techniques, qui sont une gamme de possibilités. Dont Schöffer joue avec un brio exceptionnel. Au point de savoir encore nous faire rêver.

Jean-Jacques Lévêque

Schöffer cannot give man more than he wants. In that realisation, he is very much the artist of his time. Totally dependent upon technical means, with irrational follies left in some check-room, so true it is that technological art cannot be delirious. Because it is no longer the inspiration of man, whose poetic dimensions cannot be sounded and are inexhaustible, but the creation of techniques, which are a range of possibilities. And Schöffer plays with this possibilities with exceptional brilliance, so brilliantly that he still can make us dream.

Jean-Jacques Lévêque


enfants émerveillés devant
le Prisme de N. Schöffer

Retour