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1912 - 1992 "De la figuration à la cybernétique" |
75001 PARIS |

Nous reproduisons ici 25 dessins et tableaux, figuratifs et mystiques, de Nicolas Schöffer, avec quelques extraits du texte de M. Jean FOUACE qui préface le catalogue de l'exposition.
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LES AUTRES VISAGES DE NICOLAS SCHÖFFER (extraits)
par M. Jean FOUACE
La présentation de quelques dessins figuratifs, mystiques et surréalistes de Nicolas Schöffer constitue un événement artistique sans précédent et révèle pour la première fois à Paris un aspect méconnu de son oeuvre. La courte période durant laquelle il s'y consacra s'étend de l'Occupation à l'immédiat après-guerre, juste avant qu'il ne s'engage définitivement dans ses recherches sculpturales sur le spatiodynamisme et la cybernétique. (...)
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(...) Si l'on peut dater l'oeuvre figuratif de Nicolas Schöffer de l'école des Beaux-Arts de Budapest (1930) à 1948, on ne connaît guère sa période hongroise et celle des premières années passées en France (1936-1940). Le fonds le plus cohérent débute avec les esquisses contenues dans des petits carnets d'écoliers, réalisés entre 1940 et 1945 en Auvergne où il resta caché pour ses origines juives. Ces documents constituent la genèse d'une oeuvre d'une sensibilité dramatique et touchante dont maints sujets furent ensuite réalisés ou retravaillés sur toile ou sur papier huilé, à la peinture, à l'encre ou au fusain et dont font partie la série des mystiques, des visages du Christ, des scènes de la Passion, des cathédrales, des natures mortes, des nus, et des Turcs. (...)
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(...) Des sujets analogues ont vraisemblablement été présentés en 1945 et en 1946 dans le cadre des expositions des peintres juifs organisées par la G.A.J.E.F. (Groupement des Artistes Juifs en France) ou en 1947, lors d'une exposition de l'association Franco-Hongroise sous l'appellation des artistes de l'École de Paris.
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En montrant seulement quelques aspects de l'oeuvre figuratif, on est saisi par la différence de style rencontrée dans la suite de visages que constitue la série des Mystiques et que l'on retrouve dans les variations sur les icônes du Christ. Les visages de femme ou les visages d'homme tantôt d'expression, tantôt à prendre comme des portraits, sont traités avec des factures libres, à l'encre de chine parfois rehaussée d'aquarelle aux couleurs sourdes, au fusain, ou au crayon de couleur.
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Le désir d'essayer des techniques différentes explique certainement une telle cohabitation stylistique. Cela révèle également la rapidité de l'évolution plastique de Nicolas Schöffer et, par là même, laisse suggérer certaines impasses du moment. Or, si la confrontation de ces visages permet de mettre en valeur cette différence, ils sont tous habités d'une même profondeur, qu'ils s'inspirent du trait rigoureux et austère des primitifs nordiques ou d'Europe centrale ou de la spontanéité fluide et aqueuse d'un lavis chinois; qu'ils jouent sur des contrastes forts d'ombres et de lumière; qu'ils s'installent dans un maniérisme sec et aigu ou enfin dans un dessin coloré ample et arrondi.
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A la vue de ces dessins, la critique de Chil Aronson mentionnée sur le carton d'invitation de l'exposition de 1946 traduit la juste comparaison de ces artistes avec l'esprit de l'École de Paris: "Les misères, les peines endurées pendant l'atroce occupation nazie ont profondément sillonné leur âme, mais n'ont pas réussi à ébranler leur courage et leur enthousiasme".
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D'aucuns n'oseraient leur nier des souffrances analogues et peut-être supérieures à celles de leurs prédécesseurs Soutine, Modigliani, Pascin, Chagall, Kissling et Kikoïne dans leurs années de recherches et d'efforts. Alors que l'on sent basculer dans l'oeuvre de Schöffer le drame d'une humanité déchirée en vue de sa rédemption, elle affirme ce sens de la vie, cette façon d'être homme dont Jean Cassou percevait le surgissement au moment précis où l'artiste "subordonne tout son destin à la nécessité de peindre".
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Dès lors, il acceptera selon lui "toutes les formes que pourra prendre ce destin, fussent-elles l'aventure, le hasard, la misère" car, à partir de cet instant, "le malheur et l'acceptation du malheur ne sont que le prix auquel s'achète le plaisir, lequel est le plus grand plaisir du monde". Toute la puissance émotionnelle et spirituelle que procurent ces dessins est contenue dans les regards pathétiques et déformés d'où surgissent l'effroi, la douleur, l'étonnement, la mélancolie, la tendresse, l'amour et l'intelligence et se retrouve dans les vibrantes natures mortes aux compositions déconcertantes ou dans la naïveté majestueuse des Cathédrales. (...)

(...) Même si cette présentation effleure un sujet digne d'être traité en profondeur par les musées, elle permet néanmoins de révéler un aspect inédit de sa peinture de chevalet: la figuration. En effet, si nous voulions être complet, il faudrait rappeler qu'il rompit avec celle-ci, pour s'adonner à l'abstraction lyrique, juste avant de s'engager pleinement dans la sculpture au tout début des années 50. (...)

Conservons de cet autre visage, de cette face cachée de l'oeuvre de Nicolas Schöffer, l'écho puissant d'une profonde humanité, la manifestation singulière d'une très forte spiritualité et l'impressionnant amour de la peinture et du dessin caractéristiques de l'oeuvre de nos grands maîtres de l'École de Paris.
Jean FOUACE