Bref historique et premiers éléments de théorie

Si Nicolas Schöffer commence sa carrière artistique en tant que peintre, très vite, dès 1948, il tourne le dos à ce qu'il appellera "la peinture de chevalet", pour s'orienter définitivement vers la sculpture, élargissant rapidement le contenu de celle-ci à toutes les dimensions de la ville.

Avant même de proposer des solutions personnelles aux problèmes classiques que se posent les architectes, il médite longuement sur l'histoire qui unit depuis toujours l'homme à son environnement naturel, à son habitat, et à cet autre environnement artificiel et collectif que sont le village et la ville, en lente mais perpétuelle évolution.
Il procède alors à une analyse rigoureuse de ce qui fait l'essence d'une ville dans ses divers composants, ceux-ci changeant avec le temps et les variations incessantes des besoins humains.

"Nous avons une autre ambiance que celle de l'homme du 18e ou 19e siècle. Nous ne pouvons pas l'ignorer, nous qui prétendons être des créateurs sensibles toujours à la recherche de l'équilibre si difficile entre les différents composants de la réalité présente".

Au terme de sa réflexion, il remet en question le principe du "rafistolage" des villes devenues impropres aux conditions de vie de nos contemporains, et s'élève contre les considérations économiques qui président aux choix des décideurs ignorant ou méprisant les paramètres de qualité et d'esthétique qui devraient être des a priori de l'architecture comme de l'urbanisme.

Dans sa conférence à la Sorbonne (Société d'Esthétique, 19 juin 1954), il manifeste déjà sa triple appartenance conceptuelle : sculpture, architecture et urbanisme :

Il est sculpteur - architecte - urbaniste.

Conférence à la Sorbonne -1954. Au premier plan, le pylône électrique.

"Le sens même d'une oeuvre plastique est la tridimentionnalité ... C'est seulement en trois dimensions palpables dans l'espace que l'artiste plasticien, en l'occurrence le sculpteur, pourra concrétiser les aspirations esthétiques d'une grande époque.

Les hautes époques de l'évolution plastique sont jalonnées par les oeuvres tridimensionnelles, je ne cite que l' Egypte (Pyramides), la Grèce (Phidias, Praxitèle, le Parthénon), les cathédrales du Moyen Age.

Le spatiodynamisme doit intervenir

et même bouleverser profondément sur de nombreux points les concepts actuels de l'architecture et de l'urbanisme.
C'est le sculpteur, manieur de volumes par excellence, qui établira les conditions plastiques de toute architecture. La cité sera la prolongation plastique de la sculpture qui, sur la place publique, remplaçant les cathédrales d'antan, sera le signe distinctif de la cité et aussi le résumé condensé et hautement esthétisé de ses rythmes.
Il est logique que le dispositif d'ensemble soit conçu par le sculpteur. Les architectes auront des problèmes fonctionnels à résoudre et deviendront ainsi de véritables ingénieurs du bâtiment. Mais pour éviter tout malentendu et en pensant aussi bien à Phidias qu'à Frank Lloyd Wright ou à Gropius, ces grands sculpteurs-architectes, je range tout architecte dans le camp des sculpteurs qui donnent la primauté au "plastique" sur lequel le "fonctionnel" se greffe d'autant plus facilement que les solutions esthétiquement réussies permettent également les meilleures solutions fonctionnelles.
Mais, la véritable solution réside à l'avenir dans une collaboration franche entre le sculpteur qui n'est que sculpteur et l'architecte qui n'est que l'architecte. C'est seulement ainsi qu'on évitera des fautes de goût et des fautes fonctionnelles..."

Les effets bénéfiques de cette collaboration ont évidemment de nombreux aspects :

Voir : Le Spatiodynamisme
Aspect psychique - Aspect énergétique - Aspect physiologique - Aspect morphologique

Et il conclue :

"Le SPATIODYNAMISME n'est pas un vain mot, ni un néologisme barbare, ni une utopie, mais l'expression d'une aspiration sincère vers un équilibre, une synthèse ordonnée mais libre où tous les moyens de l'artiste créateur se déploieront pour la réalisation des conditions techniques et esthétiques d'un ordre social supérieur dans lequel l'homme pourra s'épanouir et aura la joie de vivre".

Un des premiers croquis de la ville cybernétique

 

"Surtout pas de barres parallélépipédiques

ni de limites à la liberté d'imaginer!"


"Là tout n'est qu'ordre et beauté..."

et surtout, la ville horizontale de repos est sur pilotis, ce qui épargne la nature ...

Au niveau du piéton... il marche dans un immense jardin sans barrières ni murs !

La sculpture est un signal reconnaissable de loin qui marque le quartier.

Pas de voitures, la circulation est noyée sous terre.

Un des premiers projets spatiodynamiques de Schöffer,

dont les plans ont été faits avec
"le jeune architecte"

Claude PARENT

pionnier de l'architecture dite "oblique".

 

Retour