Texte de Michel SEUPHOR
Le
poète parle aux choses inanimées et les
choses inanimées lui répondent.
Dorénavant elles ont une vie profonde, elles pensent
et toute chose a un sens.
L'artiste joue avec les substances
inanimées et il en fait des êtres.
Des êtres inutiles qui embellisent la vie et,
quelquefois, nous émeuvent étrangement.
Tous
deux sont magiciens.
Tous deux font que la fantasie, le factice pur deviennent
des choses plus indispensables que le pain.

Ils ouvrent plus
grands nos yeux, dilatent notre coeur, changent la lumière
intérieure.
Par eux, le jeu est entré dans la vie sociale comme une
institution, comme une norme à toute âge et pour toute
personne.
Il n'y a
maintenant plus de fin à l'enfance. Il n'y a plus que
l'approfondissement du jeu.
Et pourquoi donc un grand enfant, maître joueur, ne
ferait-il pas de l'art avec son Meccano?
Ou bien, en termes plus triviaux, l'étude des
ficelles, l'inventaire des possibilités.
Bref, tout le domaine pour lequel Hermann Hesse a
inventé le nom déjà fameux de
Glasperlenspiel, le Jeu des Perles de Verre.
Les perles de verre de mon ami Schöffer sont des barres
et des disques en aluminium dont il fait des
constructions élégantes,
élancées, au sommet desquelles des
couleurs pures éclatent comme
des rires.
Rires d'un enfant qui joue au Meccano.

Que l'on aille montrer cela à des mécaniciens! Et
pourquoi donc un mécanicien, maître joueur, ne ferait-il
pas de l'art?
Tous les
matériaux ne sont-ils pas également bons,
également nobles? Et tous les outils?
Ils ne sont menaçant, ils ne contiennent aucun
mystère. Ils nous apprennent seulement à être
nets et francs, à nous construire.
Pourquoi la pince anglaise ne vaudrait-elle pas le burin? Il
s'agit seulement d'avoir de l'esprit.
Eh bien, on n'avait pas encore eu de l'esprit en
aluminium.
Personne n'y avait pensé avant Schöffer. Venez
faire la ronde avec moi autour de ces nouveaux
totems.

Nicolas Schöffer en
1952 à la Galerie Mai, devant ses oeuvres
Avec un matériel léger et beaucoup d'air.
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