Exposition à la Galerie Mai (1952)

"Schöffer-Oeuvres Spatiodynamiques"

Texte de Michel SEUPHOR

Le poète parle aux choses inanimées et les choses inanimées lui répondent.
Dorénavant elles ont une vie profonde, elles pensent et toute chose a un sens.
L'artiste joue avec les substances inanimées et il en fait des êtres.
Des êtres inutiles qui embellisent la vie et, quelquefois, nous émeuvent étrangement.
Tous deux sont magiciens.
Tous deux font que la fantasie, le factice pur deviennent des choses plus indispensables que le pain.

Nicolas Schöffer en 1952 à la Galerie Mai, devant ses oeuvres

Nicolas Schöffer en 1952 à la Galerie Mai, devant ses oeuvres

Ils ouvrent plus grands nos yeux, dilatent notre coeur, changent la lumière intérieure.
Par eux, le jeu est entré dans la vie sociale comme une institution, comme une norme à toute âge et pour toute personne.

Il n'y a maintenant plus de fin à l'enfance. Il n'y a plus que l'approfondissement du jeu.
Ou bien, en termes plus triviaux, l'étude des ficelles, l'inventaire des possibilités.
Bref, tout le domaine pour lequel Hermann Hesse a inventé le nom déjà fameux de Glasperlenspiel,
le Jeu des Perles de Verre.
Les perles de verre de mon ami Schöffer sont des barres et des disques en
aluminium dont il fait des constructions élégantes, élancées, au sommet desquelles des couleurs pures éclatent comme des rires.
Rires d'un enfant qui joue au Meccano.

Vue partielle des oeuvres de Nicolas Schöffer à la Galerie Mai

Vue partielle des oeuvres de Nicolas Schöffer à la Galerie Mai
Et pourquoi donc un grand enfant, maître joueur, ne ferait-il pas de l'art avec son Meccano?
Que l'on aille montrer cela à des mécaniciens! Et pourquoi donc un mécanicien, maître joueur, ne ferait-il pas de l'art?

Tous les matériaux ne sont-ils pas également bons, également nobles? Et tous les outils?
Pourquoi la pince anglaise ne vaudrait-elle pas le burin? Il s'agit seulement d'
avoir de l'esprit.
Eh bien, on n'avait pas encore eu de l'esprit en aluminium.
Personne n'y avait pensé avant Schöffer. Venez faire la ronde avec moi autour de ces
nouveaux totems.

Nicolas Schöffer en 1952 à la Galerie Mai, devant ses oeuvres
Nicolas Schöffer en 1952 à la Galerie Mai, devant ses oeuvres
Ils ne sont menaçant, ils ne contiennent aucun mystère. Ils nous apprennent seulement à être nets et francs, à nous construire.
Avec un matériel léger et beaucoup d'air.

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