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Things Spoken

Agnes Hegedüs
1999, Artintact 5 - ZKM
Cantz Verlag - Senefelder Strasse 12 - 73760 Ostfildern - Fax : 00/49/711-440 52 20
PC - Macintosh


Things Spoken est sans aucun doute une des meilleures oeuvres sur CD-ROM que nous avons vu ces dernières années.

 

Agnes Hegedüs a sélectionné un certain nombre d'objets personnels qu'elle a rassemblé dans une base de données. A chaque objet est attaché une série de critères objectifs et subjectifs : lieu de provenance, qui l'a offert, qualité esthétique, fonctionnalité, poids, taille, etc. L'histoire de l'objet est dite par l'artiste tandis que le texte correspondant défile sous l'image de celui-ci. Une autre personne fait des commentaires sur l'objet avec le même processus de défilement du texte.

Le public choisit sa navigation au sein de la banque d'objets selon les différents critères ou les mots des textes en défilement qui constituent les passerelles, les points communs entre eux.

 

 

Things Spoken raconte une histoire intime, comme le ferait un journal. Sa très grande réussite tient en ce qu'elle réussit à transcender le "je" narcissique, exhibitionniste ou psychanalytique. Elle agit, par ailleurs, comme un miroir de notre propre histoire, de notre mémoire singulière, par delà celle de l'artiste. La première envie, pour en rendre compte, est de parler de soi, de notre propre relation aux objets de notre passé, entassés dans des placards ou disparus à jamais, à ce qu'ils font ressurgir de notre vie.

 

Que sont ces "Things Spoken", ces "objets parlés" ? Des objets dont on parle, qui font parler mais aussi des objets parlants, des objets qui parlent, madeleine de Proust universels qui ouvrent les cases de la mémoire comme autant de fichiers informatiques, contenant chacun un fragment de la narration.

 

 

La deuxième force de Things Spoken réside dans le choix de la base de données comme support à la structure narrative au lieu de l'hypertexte classique. En effet, le grand défi de l'hypertexte est de rendre perceptible une construction non-linéaire alors que le public va, de fait, "lire", parcourir un chemin parmi tous les chemins possibles, de manière linéaire. Par définition, la consultation d'une base de données est non linéaire, fragmentée. L'on a ici une adéquation parfaite entre le propos et l'appréhension de celui-ci : non linéarité de la structure du contenu et de la lecture, fragmentation des informations et de la mémoire (humaine et de l'ordinateur), association d'idées —quelquefois d'apparence incongrue— entre des objets différents et dont le point commun réside dans les souvenirs de celle qui les a sélectionné et dans ce qu'ils évoquent pour celui ou celle qui les "écoutent".

Fondée sur un principe anti-narratif —la base de données ne "raconte" rien— Things Spoken renouvelle le genre de la narration dans une forme très élaborée. Celle-ci se construit, ou plus exactement se reconstruit, dans la mémoire du lecteur, hypothèse émise par la littérature expérimentale contemporaine et notamment la littérature numérique, magistralement démontrée et maitrisée ici, dans une cohérence totale entre le fonds et la forme de l'oeuvre.

 

La transmission de l'histoire —individuelle et collective— et du rôle des objets dans celle-ci est sous-jacente dans Things Spoken. Things Spoken est une collection d'objets, prélevés dans le réel, mis dans un "musée personnel" comme ceux des civilisations sont mis dans des musées collectifs. Cette collection est-elle pertinente ? Raconte t-elle —potentiellement— tout ? Si les objets ont disparus, l'histoire (mais aussi l'Histoire avec un "H" majuscule) est-elle possible ? La mémoire a t-elle besoin de s'extérioriser, de s'incorporer dans des artéfacts pour être ? Y a t-il une différence de nature entre la mémoire individuelle et la mémoire collective dans cette "objectification" de l'expérience vécue ?

 

La maison de mes grands parents, qui fut aussi celle de mon père, a brûlé. Depuis, je ne garde plus les objets. Par peur qu'ils disparaissent, et avec eux mes souvenirs, j'opère moi-même cette chirurgie dévastatrice. Ma mémoire est dans mon cerveau. Things Spoken m'a confronté à ce passé et à mon attitude. Pour vous ce sera différent mais sûrement pas innocent. Et, surtout, vous découvrirez que les bribes d'histoires évoquées par Things Spoken sont captivantes. Elles sont à parcourir patiemment, avec soin, comme un archéologue recolle les morceaux d'un vase brisé pour en révéler la splendeur.




Annick Bureaud <bureaud@altern.org> - Juin 1999.


! Les images présentées sont des captures d'écran. Elles sont protégées par le droit. Pour toute reproduction, contacter les auteurs et/ou les éditeurs du cd-rom.


 

   



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