Leonardo On-Line, the website 
of Leonardo/ISAST  Leonardo, the Journal of the International 
Society for the Arts, Sciences and Technology  Leonardo Music 
Journal  Leonardo Electronic 
Almanac: monthly coverage of Internet news and digital media culture  Book Series: 
innovative discourse on art, science and technology topics by 
artists, scientists, researchers and scholars Leonardo Reviews: scholarly reviews of books, exhibitions, CDs, 
journals and conferences  OLATS, 
l'Observatoire Leonardo des Arts et des Technosciences: key works, 
artists, ideas and studies in the field  Leonardo / Activities and Projects  Leonardo / About Us   
 

PIONNIERS ET PRECURSEURS > JOSEF SVOBODA > SCENOGRAPHIES ET DISPOSITIFS
   



Josef Svoboda : le praticien émérite, scénographies et dispositifs


Dès 1942-43, Svoboda travaille sur un projet de scénographie intégrant des projections d’images pour une pièce qui ne sera pas montée à cause de la censure de temps de guerre. Les idées qu’il développe pour cette pièce sont de toute manière en avance sur les technologies disponibles à l’époque. Il réussit à les actualiser partiellement en 1950, avec Le onzième commandement. Dans cette œuvre, un film projeté sur un écran en fond de scène montre des personnages qui dédoublent ceux qui se trouvent sur scène;  le jeu des personnages réels est en relation étroite avec celui des personnages virtuels.

C’est en 1958 que Svoboda parvient à réaliser une scénographie cinétique, multidisciplinaire et multimédia qui correspond aux idées qu’il entretient depuis longtemps. Ce projet nommé Laterna Magikafait appel à la projection panoramique (Cinémascope) mais aussi à un système de projection fragmentée sur plusieurs écrans, grâce à huit projecteurs synchronisés : le Polyécran. Évoquant la lucerna magica, dispositif de projection d’images mis au point par le père Kircher (1602-1680), la Laterna Magika est une forme de spectacle multimédia développée avec le metteur en scène Alfred Radok en 1957 pour le Pavillon tchécoslovaque de l’Exposition de Bruxelles de 1958.

Le Polyécran constitue alors un nouveau concept de représentation de l’image projetée, une forme d’art audiovisuel. Dans la première version du Polyécran, d’après un scénario intitulé Le Printemps de Prague d’Emil Radok, huit écrans, carrés et trapèzoïdes, forment une composition plastique fragmentée et décentrée, qui s’apparente au cubisme. Une multitude de points de vue s’offrent au spectateur selon les angles, les distances et les inclinaisons qui le séparent des écrans. Sept projecteurs de films et huit projecteurs de diapositives synchrones, tous reliés par un axe électrique commun, créent un contrepoint rythmique des contenus visuels variés. Une constellation de hauts parleurs crée un espace acoustique résonnant. Le programme est contrôlé par un circuit à mémoire spécialement conçu afin de synchroniser les projections et la trame sonore stéréophonique. Ce dispositif n’est pas sans évoquer les installations pour lesquelles Nam June Païk sera célèbre à partir des années 60.

Laterna Magika propose un dialogue entre l’écran de projection et l’acteur, elle constitue un véritable collage audiovisuel et cinétique, d’ordre multidisciplinaire et multimodal. Elle combine le théâtre, la musique, la danse ainsi que la projection : la projection de films panoramiques (Cinémascope) et la projection de diapositives sur divers écrans. Le film a une fonction dramatique essentielle à l’œuvre, au-delà du simple décor d’images-mouvement. L’ensemble des éléments forme une composition plastique, cinétique et dramatique où se rencontrent les interprètes vivants et les interprètes virtuels, le son en direct et le son en différé. Dans ce que Svoboda qualifie d ’” espace psycho-plastique ”, la scène est cinétique, elle est composée de tapis roulants et d’écrans de projections mobiles (rotatifs ou coulissants) sur divers plans et axes. Laterna Magika est un nouveau médium hybride et prometteur, mais des considérations d’ordres politique, pratique et financier nuisent à son développement. Elle ne demeure, somme toute, qu’un attrait touristique de foire internationale.

Le système du Polyécran a ensuite été adapté et amélioré par Svoboda pour le théâtre, afin d’intégrer l’image à la représentation, permettant à celle-ci d’offrir de nouveaux points de repère à l’action. Pour Leur Jour de Topol, dans une mise en scène d’Otomar Krejca en 1959, Svoboda a recours à divers écrans mobiles inclinés selon différents axes ou plans -pouvant recevoir des images diapositives et des images filmées- ainsi qu’à un plateau de scène glissant et à un plateau rabattable.

Pour la production de Boston de l’opéra Intoleranza en 1965, Svoboda développe des idées qui s’inscrivent dans la continuité de la Laterna Magika, adaptées aux nouvelles technologies. Il a recours à la projection d’images vidéo en direct captées par des caméras disposées à l’intérieur et à l’extérieur du théâtre, ainsi qu’à des images préenregistrées. Grâce à la technique télévisuelle en circuit fermé, des images provenant de la rue, du public, d’un local de répétition ou de la scène elle-même sont projetées sur les nombreux écrans disposés sur la scène. Les techniques de la télévision sont aussi combinées aux principes de la Laterna Magika par Svoboda pour la production de Les derniers à Prague en 1966, sauf qu’il n’a alors recours qu’à une seule surface de projection qui, étant froissée, donne une certaine texture à l’image.

En 1967, il réalise quatre installations pour le pavillon tchécoslovaque de l’exposition de Montréal, dont le système Diapolyekran qui sert alors à la représentation de La Création du Monde d’Emil Radok, d’une durée dix minutes et qui utilise 30 000 diapositives. Ce système est composé de 112 cubes mobiles et contigus, chacun pouvant recevoir les images des deux projecteurs de diapositives qui lui sont couplés, l’ensemble formant une murale lumineuse et cinétique. La surface totale est rythmée par le mouvement des cubes et la succession des images, à chaque cube correspondent deux projecteurs. Chaque cube peut avancer ou reculer de 1 m. de la surface de la murale, celle-ci étant haute de 8 cubes et large de 14 (5.5 m. X 9 m). Les images se succèdent rapidement (1/25e de s.) dans chaque cube, la composition de l’ensemble pouvant former une image globale et homogène, ou fragmentée et discontinue. L’automatisme du programme est possible grâce à un système composé d’un panneau de cellules photoélectriques sur lequel est projeté un film codé de sorte à enclencher les diverses commandes électromécaniques.

La Polyvision est un environnement audiovisuel aussi conçu pour l’Exposition de Montréal, regroupant quatre installations différentes. L’installation principale s’inscrit dans un vaste espace à trois dimensions, (16.6 m. X 6 m. X 6 m.) composé de formes cinétiques (pleines et ajourées) pouvant se déplacer horizontalement et verticalement. Les images synchronisées des 11 projecteurs cinématographiques 35 mm et des 28 projecteurs de diapositives sont projetés sur un grand nombre de surfaces, pour la plupart mobiles : sur un écran carré, sur les faces de 13 volumes simples (cubes et prismes) ainsi que sur des formes ajourées, faites de lattes ; sphère, cylindres et hyperboloïdes. Deux grands miroirs semi-transparents et croisés démultiplient les images de ce programme intitulé Symphonie.

Dans les années 1970, Svoboda réalise des scénographies pour des spectacles de divertissement familial. Le jeu des rapports dynamiques et narratifs entre les personnages sur scène et des séquences d’images-mouvement projetées créent des univers caractérisés par l’humour et la féerie. Dans la Reine des neiges (1979), une douzaine de danseurs évoluent dans un espace bordé de panneaux verticaux de chaque côté et à l’arrière, sur lesquels sont projetées des images-mouvement.Le synchronisme avec les actions pantomimiques, acrobatiques ou dansées des interprètes est assuré par une trame sonore. Pour Le Cirque enchanteur (1977), Svoboda a recours à un vaste écran en fond de scène, tendu de façon à suggérer un chapiteau, et qui peut être soulevé par les interprètes pour révéler un nouvel espace scénique, une scène en fond de scène. Les séquences projetées modulent ou amplifient l’action sur scène, soit par l’évocation de divers lieux, par les mouvements dans l’image ou par la succession des personnages à l’écran. Des effets de magie sont créés par le jeu des entrées et sorties des personnages qui passent d’un espace à un autre ; l’espace scénique, l’espace filmique et l’espace derrière la toile de fond (espace gigogne ou de mise en abyme).

Svoboda ne fait pas un usage systématique de la projection d’images-mouvement ; il y a recours de façon ponctuelle, selon les besoins des œuvres. C’est à la lumière qu’il s’intéresse d’abord. Véritable touche-à-tout, Svoboda est familier avec tous les procédés techniques issus des développements dans les domaines de la mécanique, de l’électronique ou de l’optique. Il possède aussi les connaissances scientifiques qui les sous-tendent. Sa démarche s’apparente à celle des maîtres de la scénographie renaissante et baroque qui étaient à la fois architectes et ingénieurs.


© Marc Boucher & Leonardo/Olats, avril 2002


Nos rubriques :

 

   



[ S'informer ]   [ Recherche ]    [ Commander ]    [ Statistiques ]    [ Accueil ]


Leonardo/Olats a reçu le soutien de la Fondation Daniel & Nina Carasso pour la période 2019-2021
Copyright Association Leonardo/OLATS © 1997
pour toute re-publication de cette page, merci de contacter Annick Bureaud <info@olats.org>
pour les problèmes concernant le site, notre webmaster <webmaster@olats.org>
Leonardo is a federally registered trademark of Leonardo/ISAST -
Leonardo est une marque déposée de Leonardo/ISAST, selon la loi fédérale des Etats-Unis d'Amérique.