PROJETS / STATUT ESTHETIQUE DE L'ART TECHNOLOGIQUE / BIBLIOTHEQUE DU COLLOQUE
Les documents publiés font apparaître que " art" et
"musique" ne sont pas traités également : " art" , pour
leur plus grande part recouvre en fait "arts plastiques". Pour lever
toute ambiguité dans les débats : * oubien l'on
déclare que la musique n'est pas un art mais une science
( position que tenait Michel Philippot, par exemple) et le
débat devient d'une autre nature;
* oubien, si l'on perçoit la musique comme un art, on ne tente
pas , en fin de discours, de transposer à la musiqe ce que
l'on a proposé en ce qui concerne les arts plastique.
Il me semble, en effet, que la translation ne soit pas toujours
possible.
* Ainsi , par exemple, cette notion de l'objet à notice qui ne
pourrait être considéré comme " d'art" . Un
tableau ,- objet sans notice -, est " d'art".
Mais je ne vois guère d'oeuvre musicale qui ne soit sans
notice, même dans les époques baroques et classiques,
pour ne pas remonter plus haut. Objectez-vous que la partition n' est
pas la musique, dites-moi alors si, quelle que soit l'oeuvre lyrique,
le texte chanté ne fait office de notice. Et si vous me dites
qu'il s'agit là de création hybride, je vous demande de
ne me plus parler , vous, de multimedia .
En retour , je suis tenté de dire : mais... combien peu
d'oeuvres plastiques sont sans notice ? Les mots dans la peinture, de
Michel Butor, celà ne vous dit rien? Et même les vitraux
sans mot des cathédrales ? leur notice est dans la bible.
Voici que le champ de l' "art" plastique se restreint
considérablement !
Ceci n'est pas une pipe, - pardon: ceci n'est pas un départ en
guerre: musicien, j'aimerais que les théoriciens de " l'art"
me disent où ils situent ma production; afin que nos
échanges soient fructueux, si possible. Et si ce n'est la
totalité de la production, quel secteur de cette production
peut être pris en compte dans notre dialogue.
ART / MUSIQUE technologiques et CONCEPTS nouveaux
Ce qui me laisse perplexe , à la lecture des auteurs
médiatisés de textes sur la musique technologique c'est
une fixation sur les technologies seules, sans prospective sur les
concepts nouveaux , quant à la création, que ces
technologies pourraient induire. Je dis bien : concepts, et non pas
attitudes.
Il semblerait que la nouveauté ou la perfection ( perfection
adéquate à quoi? ) du " dispositif" d' émission
sonore tienne lieu d'objet d'art.
Si je me réfère à ce qui s'est passé vers
la fin du XVIe siècle occidental ce ne sont pas des nouvelles
technologies ( c'étaient alors les nouveaux instruments
à cordes frottées et à cordes pincées
à relativement grand ambitus et propices à des effets
sonores et virtuoses nouveaux par rapport aux " traditionnels"
ensembles vocaux ) que se sont vantés les compositeurs mais de
la mise en valeur de concepts musicaux . Ils n'ont pas dit tel
instrument ou tel dispositif d'instruments, ou tel espace, ils ont
dit : " pian' e forte " , par exemple et , plus à la mode
encore : " rappresentativo" .
Que disons-nous, nous ?
Nous décrivons " Entre l'idée et l'oeuvre" le "
parcours de l'informatique musicale". D'idée et d'oeuvre il
n'est nullement question. Peut-être parce que celà est
impossible: * comment avoir l'idée d'une oeuvre lorsque l'on
n'en possède pas le moyen matériel? On n'en peut que
rèver.
* peut-être simplement parce que l' informatique, fut-elle dite
musicale, n'est, tout compte fait, que le moyen de réaliser
des concepts antérieurs. Parce que la technologie vraiement
novatrice c'était l'enregistrement et ses manipulations dans
le studio de Pierre Schaeffer. " Musique concrète " fut le
vrai concept nouveau; et non pas, par exemple la " Tape music " des
Américains, terme qui d'ailleurs ne s'appuyait que sur un
support.
Le multiple est-il un concept nouveau, comme celà est souvent
dit ? En arts plastiques peut-être; en musique , non. ( Et je
reviens ici au problème soulevé des non translations/
transpositions des arts plastiques à la musique). En musique,
toute exécution d'une partition ( et l'on ne fait que
celà ) est la réalisation d'un multiple de l'original.
Pas strictement , scientifiquement identique, certes; identique tout
de même: l'on ne s'y trompe pas.
La notion d'auteur unique est défaite, grâce au
réseau interactif, dites-vous. Mais dites vous que les
musiciens n'ont pas attendu internet pour " défaire " la
notion d'auteur unique: ils le font depuis qu'il y a des groupes
d'improvisation. On en a même des traces visuelles datant du
XIVe siècle. Vous serez plus à l'aise si je vous remets
en mémoire les groupes de jazz, depuis la fin du XIXe
siècle. Pour un musicien cette notion n'est donc pas un
concept nouveau.
Par Internet l'oeuvre n'est plus fixée mais virtuelle. En art
plastique peut-être mais en musique ? N'est-elle pas virtuelle
et non fixée l'improvisation d'un instrumentiste ( d'un
instrumentiste et non comme ci-dessus d'un groupe ) ? Celle d'un
organiste par exemple.Et je prends cet exemple car il est
traditionnel depuis des siècles. Répondez-vous que
toute musique jouée, entendue, est virtuelle; et que l'on ne
peut proposer mon exemple face à un tableau " virtuel " car
réduit à un ensemble de codes numérisés,
je réponds encore : considérez les musiciens baroques
et leur basse chiffrée et dites- moi si la musique, en ce cas
n'était pas virtuelle. Qui plus est , elle était de
virtualités multiples. Et si cette technique vous
échappe, allez trouver les musiciens de jazz et leurs "
grilles ".
Le continuum, voilà enfin du nouveau. Croyez-vous? Je le
concède pourtant: c'est un phénomène à
propos duquel " artistes" et musiciens sommes en pratiques inverses.
Si j'ai bien compris l'ordinateur, le numérique contraint les
plasticiens à quitter le trait continu pour le trait discret,
alors que les musiciens, par cette même technologie, peuvent
quitter la technique par points ( les échelles musicales sont
discrètes) au profit d'une technique de continuum. C'est que
les points du numériques sont si rapprochés qu'ils
donnent l'impression du continu. Encore faut-il remarquer que cette
recherche du continuum préoccupe les compositeurs depuis
longtemps. Preuve les tentatives de musiques en tiers, quart,
sixième, douzième de ton par exemple, grâce
à des lutheries nouvelles ou l'adaptation de lutheries
traditionnelles. Nous en avons des exemples depuis le XVIe
siècle. Ce fut chaque fois sans lendemain tant parce que les
moyens technologiques de ces lutheries n'étaient pas à
la hauteur des ambitions compositionnelles et
d'interprétation, que parce que la tradition de la musique
occidentale était ailleurs. Dans ce domaine au moins les
nouvelles technologies peuvent apporter une ouverture aux
musiciens.
Et alors ? Refusant d'admirer une réalisation du fait d' une
mise en oeuvre d'une nouvelle technologie je
préfèrerais que l'on se préoccupât de
dégager les nouveaux concepts engendrés par cette
technologie. Manquons-nous, pour ce faire, de recul? voyons alors
déjà à quels concepts cette technologie est la
mieux adaptée. Creusons alors ce sillon. Si de nouveaux
concepts existent, sans doute émergeront-ils de ce
travail.
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